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Suzanne Husky
> vendredi 04 novembre 2022

Castor : un plan d'action nord-américain pour le climat en eau douce

Un article de Chris E. Jordan et Emily Fairfax. Introduction et traduction (de l’anglais) par Hervé Covès et Suzanne Husky.

Pourquoi traduire ce texte et pourquoi des castors en Europe ?

Le rapport du GIEC de 2022 préconise la collaboration avec les castors comme solution face au réchauffement climatique. Les scientifiques Chris E. Jordan, mathématicien biologiste qui travaille pour NOAA Fisheries (National Oceanic and Atmospheric Administration/ Pisciculture) et Emily Fairfax, chercheuse, éco-hydrologue (Université St Louis Obispo Californie) - auxquels le rapport du GIEC fait référence - ont écrit ensemble un manifeste scientifique publié en avril 2022 intitulé Castor : un plan d'action nord-américain pour le climat en eau douce.

Ce texte pressant met l’hydrologie, la santé des cours d’eau et zones humides au centre des enjeux climatiques actuels et à venir et placent le castor comme un allié sans lequel nous ne pourrons pas les restaurer assez rapidement pour faire face à la hausse des températures imminente. Ce manifeste s’appuie sur un corps de recherche colossal et référencé. En bref, il s'agit de s'allier aux castors, de les laisser œuvrer, créer leurs prodigieux écosystèmes qui régulent les excès des pollutions, restaurent les ripisylves, hydratent les paysages, de leur permettre de faire émerger une végétation luxuriante et une biodiversité accrue; et aussi, de diminuer l'importance des crues meurtrières, de soutenir les niveaux d'étiage estivaux et de diminuer les incendies.

Par ailleurs, le rapport du GIEC reçoit une validation scientifique mais aussi économique des solutions proposées et l'aval politique de l'ONU. Ce texte a déjà eu de nombreuses répercussions et permet de financer des restaurations low-tech et de relocaliser des castors, mais pas en France.

En quoi ce texte concerne-t-il l'Europe?

Nos forêts brûlent, nos arbres meurent, nos paysages se dessèchent, la température devient insupportable. Il y eut un temps où, dans tout l'hémisphère nord, dans toutes les rivières, il y avait des castors et leurs innombrables barrages. Un ruisseau naturel d'Europe est une succession de retenues de castors : paysages aquatiques foisonnant de biodiversité. 

L'Angleterre et les pays du nord accueillent déjà les castors. En France, le castor eurasien - castor fiber- est protégé. Il est confiné dans de rares rivières et pour peu qu’on lui laisse de l’espace, il développe ses habitats, réhydrate les tourbières, les marais, complexifie les cours d’eau. La France garde des traces de la présence du castor partout, comme on peut le voir sur la carte de toponymes et des hydronymes qui font référence à lui. Beuvry, Beuvron, Buverchy, Bivre, Vibre, Bièvres, Bibracte, le castor a pour nos ancêtres une importance centrale. Les zones propices aux castors sont aussi celles de l'agriculture, aux moulins à eau, les marais sont devenus les zones de maraîchage. La géographie humaine a progressivement pris la place de la géographie des castors et c'est le commerce de la fourrure qui les a fait disparaître de France il y a plusieurs siècles déjà (sauf dans une petite zone de Camargue).

Ce texte nous rappelle ce que savaient nos ancêtres, le castor est une espèce clef de voûte sans laquelle on ne peut penser la santé nos écosystèmes, une résilience face aux feu, ou une réhydratation de nos territoires.

 

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