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21 janvier avec la chambre d'agriculture du Gard
> lundi 15 mars 2021

"Ce qui nous fait vivre c’est l’eau et la terre"

Le 21 janvier dernier, en Costière et en Camargue, Karine Bonacina directrice régionale de l’agence de l’eau accompagnait sur le terrain Magali Saumade, présidente de la Chambre d’agriculture du Gard. Les agriculteurs présents ont pu témoigner de leur engagement en faveur de la protection de la ressource qui fait partie de leurs pratiques au quotidien. Témoignages.

Jérémy Teissier, Président de la cave coopérative de Gallician

"Si au début, il a fallu un peu ramer pour convaincre, aujourd’hui les coopérateurs de la cave ont compris les enjeux et la majorité d’entre eux ont des pratiques respectueuses de l’environnement en optant pour l’agriculture biologique et/ou la Haute-Valeur Environnementale. Néanmoins, si passer en HVE est souhaitable pour l’eau, l’environnement et pour les débouchés commerciaux, cela engendre des contraintes. A vouloir faire au plus juste, parfois, surtout au début, cela donne des nuits blanches. Evidemment, les changements ne sont pas mis en œuvre de la même manière ni à la même vitesse chez un viticulteur proche de la retraite que chez un jeune qui construit son vignoble. Il faut investir dans du matériel, il faut prendre des risques. Mais à l’arrivée, cela en vaut la peine. Il y a la satisfaction de faire mieux. Et, en tant que Président, la certification est une vraie porte d’entrée pour les acheteurs. Je regrette cependant que les consommateurs ne connaissent pas suffisamment la HVE, tout comme ils n’ont pas suffisamment conscience des efforts consentis par les producteurs pour améliorer leurs pratiques. La Chambre d’agriculture du Gard nous accompagne avec, non seulement des conseils techniques, mais aussi un appui administratif. Car toutes ces démarches engendrent beaucoup de paperasse. Et tout ce temps passé dans les bureaux, c’est du temps qu’on n’a pas pour travailler dans nos vignes. Pour être certifiés HVE, l’enjeu majeur est de réduire l’utilisation d’herbicide, ce qui demande plus de passages de machine et donc plus de temps". 

Stéphane Caupert, coopérateur à la cave de Gallician

"Ce qui nous fait vivre c’est l’eau et la terre. Je suis passé en agriculture biologique en 2009. Je travaille le sol en totalité avec différents outils à lame, rotatifs, tondeuse. J’essaie de réduire au maximum les passages pour ne pas tasser le sol tout en essayant de maitriser l’enherbement. Il faut trouver le bon équilibre. Nous sommes fin janvier et je ne suis pas passé depuis les vendanges en septembre dernier. En hiver, je laisse l’herbe pousser, elle ne vient pas en concurrence avec la vigne. J’adapte mes pratiques au terroir et à la climatologie. Ici en Costières nous sommes sur des sols très caillouteux. L’inconvénient c’est que cela use beaucoup les outils. L’avantage c’est qu’on peut rentrer dans les vignes n’importe quand même après une grosse pluie ».

Magali Saumade, manadière, Présidente Chambre d'agriculture 

"Nous sommes à la croisée des chemins, les efforts notamment économiques, doivent être collectifs. Il faut que le travail des agriculteurs soit reconnu. Le développement de pratiques environnementales s’est accéléré avec la loi Egalim. Le changement est à la fois technique et intellectuel. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. Il faut changer mais faire attention aussi à ne pas imposer trop de contraintes, au risque de décourager les agriculteurs français et être obligés demain de manger des produits étrangers importés avec des pratiques bien moins soucieuses des enjeux environnementaux. Sans eau, il n’y a pas d’agriculture. Les agriculteurs doivent être considérés comme des alliés dans la gestion de l’eau. Nous sommes les premiers impactés quand il y en a trop ou trop peu ! C’est donc dans l’intérêt de tous - agriculteurs, riverains, institutions, écologistes - d’agir dans le même sens, celui de préserver cette ressource précieuse. Notre objectif est de sensibiliser toutes les filières et l’ensemble des acteurs. Il faut agir et s’organiser sur les territoires. Raison pour laquelle nous avons choisi symboliquement de finir cette visite de terrain au Centre ornithologique du Scamandre car les agriculteurs sont aussi soucieux de la biodiversité. En tant que manadière, la préservation des zones humides - dont la Camargue est la plus connue - fait également partie de mon quotidien d’éleveuse ».

Cédric Santucci, riziculteur, Vice-Président Chambre d'agriculture du Gard

"En Camargue, la gestion de l’eau est un enjeu environnemental et économique crucial. Sans eau, pas de rizière. Mais sans rizière pas de cultures immergées qui empêchent les remontées de sel. Oui, la riziculture consomme de l’eau mais c’est de l’eau qui vient du Rhône et dont la grande majorité repart dans la nature. De 20.000 ha, nous sommes malheureusement passés à moins de 8.000 ha de rizière. Les riziculteurs sont prêts à faire évoluer leurs pratiques mais encore faut-il leur donner les moyens techniques et financiers pour le faire, et surtout le temps pour s’adapter. Préserver les zones humides passent aussi par préserver les hommes et les femmes qui les entretiennent".

Karine Bonacina, Directrice de la délégation de Montpellier de l’Agence de l’eau

"Cette visite sur le terrain confirme la qualité des travaux menés par la Chambre d’agriculture du Gard grâce au soutien financier de l’Agence de l’eau. 2021 sera consacrée à la rédaction du nouvel accord cadre 2022/2027 permettant de poursuivre notre partenariat fructueux. Nous pourrons ainsi continuer à travailler ensemble pour une bonne gestion qualitative et quantitative de de la ressource en eau, sans oublier évidemment le changement climatique qui vient complexifier les enjeux environnementaux et économiques. Dans les quatre départements ex-Languedoc-Roussillon, ce sont 17 M€ par an qui sont alloués à l’agriculture pour accompagner les changements de pratiques et ainsi préserver l’eau et la biodiversité".