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Rencontre
F-Meignan - VVL Pleins Titres
> MARDI 11 AVRIL 2017
Fredi Meignan
Fonction Gardien de refuge et président de l'association Mountain Wilderness

Gardien d’une montagne "nature"

"Nous avons un rôle de médiation avec la montagne"

1959 : naissance à Paris

1988 : maire adjoint à Morsang-sur-Orge

2006 : installation à Freydières, massif de Belledonne

2009 : gardien du refuge du Promontoire

2010 : président de Mountain Wilderness

Ça ne le vexe pas qu’on lui rappelle qu’il était parisien il y a encore onze ans : "Les parisiens ont joué un rôle important, avec les Anglais, dans la naissance de l’alpinisme ", sourit Fredi Meignan, qui réside désormais en montagne et préside Mountain Wilderness, association internationale basée à Grenoble, qui fêtera ses 30 ans en 2018.
Né de parents passionnés de montagne, il pratique, avec ses frères, le ski de piste, puis très vite, le ski de randonnée et l’alpinisme. Ses massifs préférés, "les plus sauvages" : l’Oisans, les Ecrins, la Vanoise. Adulte, il plonge malgré tout dans la vie de la cité et devient adjoint au maire de la ville de Morsang-sur-Orge (Essone) et vice-président de la communauté de communes du Val d’Orge, en charge du sport, de l’environnement et la culture. "Mais à 46 ans, raconte-t-il, j’ai décidé de vivre à fond la vie que j’aime, en montagne, où l’on n’est qu’un homme sur la planète ".

Entre temps, il a aussi rencontré sa seconde femme, Nathalie, sur les sentiers des Alpes. Après avoir eu trois premiers enfants, il en a deux autres avec elle. "On n’avait pas de plan, mais on a trouvé une maison dans la forêt à Freydières (Ndlr : sur la commune de Revel) et c’est juste génial ", poursuit-il. Ils décident aussi d’aller "mettre de l’humain" dans les hauteurs où aucun humain ne vit, en devenant gardiens de refuge. "Ceux qui vont là-haut sont complètement liés aux éléments, et dans un milieu de stress, parfois de concurrence. Le passage en refuge est très important, assure-t-il. Nous avions envie de créer un lieu chaleureux". Le premier qu’on leur confie, La Fare sur les Grandes Rousses, est une école de rudesse : "On faisait la cuisine dehors, avec l’eau du torrent". Le couple et leurs petits sont heureux de cette vie. Mais Fredi, qui rêve de la Meije, postule au Promontoire, refuge accroché à 3100 m d’altitude sous ce pic. Le rêve se réalise : depuis 2008, en mars et avril, et l’été, avec Nathalie, il chouchoute les cordées partant à l’assaut du sommet mythique. "Nous les nourrissons et les hébergeons, mais nous avons aussi un rôle de médiation avec la montagne, assure-t-il, d’autant plus depuis que des randonneurs aguerris - et non plus seulement des alpinistes - peuvent monter, du fait de la fonte fulgurante du glacier des Etançons ces dernières années". Fredi les accueille chaleureusement, échange des informations météo, propose d’échelonner les départs, au petit matin… Puis la journée, veille encore, avec jumelles et radio.
Pour le reste de l’année, Fredi et Nathalie ont repris, depuis trois ans, la Gelinotte de Freydières, une auberge qu’ils exploitent dans le même esprit que le Promontoire, en y ajoutant concerts, ciné-débats… De là, les clients partent à ski, à raquettes, à pied. "Environ 100 000 personnes par an viennent à Freydières, justement parce qu’il n’y a rien, que la nature ", lance le président de Mountain Wilderness, qui se bat contre "les paillettes" des stations de ski : "L’an dernier, celles-ci n’ont généré que 4,8 des 11 Mrd€ de chiffre d’affaires de la montagne française. Le reste a été réalisé en dehors. Il faut en prendre conscience ! ". Militant dans l’âme, il porte ces positions dans toutes les institutions où Mountain Wilderness, seule association centrée sur la montagne reconnue d’utilité publique, est représentée.

L’ancien élu du peuple croit désormais davantage à l’engagement des citoyens. Il donne donc des conférences dans les universités, mobilise la population pour des actions de terrain ou encore, via les réseaux sociaux, diffuse une consultation citoyenne sur la montagne (*). "Ce que je fais, c’est contribuer à ce que la société civile comprenne qu’on peut faire profiter autrement de la montagne. Et qu’aller tendre l’oreille pour écouter le torrent ou ressentir l’humilité face aux sommets, c’est sans doute fondamental à l’équilibre de tout humain ".


(*) http://www.montagnedebout.org

Mots-clés : Fredi Meignan

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