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Rencontre
P-Rabhi3-VVL
> JEUDI 28 AOÛT 2014
Pierre Rabhi
Fonction Agriculteur et écrivain

Pierre Rabhi, joyeux de nature

Pierre Rabhi, 76 ans et sec comme sa terre des Cévennes… vit dans la joie. Son secret : «La puissance de la modération».

Tout sourire face aux collines environnant sa ferme, il lance : «Je suis millionnaire ! Toute cette beauté nous est offerte ! ». L’eau tombe même du ciel en suffisance dans deux grandes cuves (230 000 l au total) pour arroser le jardin potager et le verger. «Si la récupération de la pluie était généralisée, la faim dans le monde serait résolue ! », assure cet agriculteur engagé dans des actions de formation à l’agro-écologie en Afrique.

«Fils du désert » - il est né dans le Sud algérien -, il était pourtant, à l’origine, « assez ignorant des problématiques de protection de la nature ». Mais confié tout jeune, après le décès de sa mère, à un couple de Français, il se questionne vite sur les différentes manières de voir le monde : « J’ai assisté à l’assassinat de ma culture d’origine par la modernité européenne, assène-t-il. Ce paradigme universalisé tient toute culture agraire pour attardée et a mis l’être humain hors sol ». En 1960, sa découverte du travail à la chaîne, dans une usine parisienne, est tout aussi explosive : «On a restauré un esclavage déguisé ! ». Sur ce point et sur bien d’autres, il s’entend à merveille avec Michelle, elle aussi salariée de cette usine… qu’ils quittent pour « retourner à l’initial, la terre », soit cette fameuse colline ardéchoise. Mais, ouvrier agricole pour apprendre le métier, il s’indigne encore de l’utilisation des engrais et autres produits phytosanitaires. « J’ai lu tout ce que j’ai pu pour savoir faire autrement, assure-t-il. Ainsi, en n’utilisant que l’humus de notre compost, nous avons pu produire de quoi élever nos cinq enfants». Il leur a transmis la philosophie des Indiens d’Amérique prononçant, en 1854, le discours de Seattle (affiché dans sa chambre) : « La terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre ». Il ajoute : « Ne sommes-nous pas constitués à 75% d’eau ?! En en prenant soin, c’est de nous que nous prenons soin ».

Depuis plus de 30 ans, Pierre Rabhi partage aussi cette philosophie avec le plus grand nombre, en participant à la création d’associations et de lieux d’expérimentation, et en écrivant des essais et donnant des conférences. «Je limite cependant, pour ne pas être, moi aussi, dans la frénésie, assure-t-il. L’entretien de mon jardin reste non négociable ». Mais déjà, il pense à son prochain livre…

 

Repères :

1938 : nait à Kenadsa, en Algérie.

1961 : s’installe en Ardèche

1994 : crée le mouvement de lieux de vie autonomes « Oasis en tous lieux » et l’association de formation à l’agroécologie « Terre & Humanisme ». www.terre-humanisme.org

2007 : Fédère les projets qu’il a inspiré au sein du mouvement « Colibris ». www.colibris-lemouvement.org

 

Coup de gueule :

«Est-ce que la nature a besoin de l’Homme : non. Est-ce que l’Homme a besoin de la nature : oui. A bon entendeur, salut ! »

Coup de cœur :

« J’ai une affection profonde pour le courage extraordinaire et l’énergie des femmes du Sahel, qui sont pourtant dans une situation de survie ».

 

Bibliographie (extrait) :

Du Sahara aux Cévennes ou la reconquête du songe. Albin Michel 1983.

Vers la sobriété heureuse. Actes Sud, 2010.

Le monde a-t-il un sens ? avec Jean-Marie Pelt. Fayard, 2014

 

 

Mots-clés : Pierre Rabhi

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