Version imprimable Lien
Sans titre
> mardi 14 octobre 2014

Les montagnards se mobilisent pour anticiper les effets du changement climatique sur les ressources en eau

« Les Etats Généraux de l’Eau en Montagne », qui se sont tenus les 8, 9 et 10 Octobre 2014, à Megève (Haute-Savoie), ont montré la forte mobilisation des montagnards pour anticiper les conséquences du changement climatique sur les cycles hydrologiques et proposer d’urgence des mesures d’adaptation indispensables à mettre en oeuvre dans les montagnes européennes.

 


Cette 4ème Conférence Internationale sur l’Eau en Montagne, qui se tient maintenant tous les quatre ans, fait suite aux trois précédentes éditions de 2002, 2006 et 2010, qui avaient déjà lancé une alerte sur la nécessité d’adopter rapidement des stratégies d’adaptation face aux effets du réchauffement du climat sur les ressources en eau, en montagne encore plus qu’ailleurs, car c’est là que les principaux grands fleuves européens, Ebre, Danube, Pô, Rhin, Rhône, Vistule... et leurs principaux affluents, prennent leur source.


Élus locaux, représentants des administrations, acteurs économiques, gestionnaires des territoires, responsables associatifs, scientifiques des Pays de l’Arc alpin, de France, d’Autriche, de Suisse, d’Italie se sont réunis durant trois jours à Megève pour confirmer les diagnostics, échanger, débattre et promouvoir des solutions visant à transformer les contraintes sur les ressources en eau liées au réchauffement du climat et aux autres grands changements globaux... en véritable atout pour la montagne de demain !


Le changement climatique ne fait aujourd’hui plus aucun doute et les montagnes européennes en sont d’ores et déjà parmi les premières victimes.


La température moyenne des Alpes a augmenté en un siècle de plus du double du réchauffement terrestre global. Les modèles projettent une augmentation de température dans les Alpes d’ici à 2100 comprise entre +2,6 et +3,9°C. Le réchauffement pourrait être significativement plus élevé en haute montagne pour atteindre +4,2°C au-dessus de 1.500 mètres.


Les glaciers alpins, qui ont déjà perdu entre 20 et 30% de leur volume depuis 1980, pourraient encore régresser de 30 à 70% de leur volume d’ici à 2050 ; quasiment tous les plus petits d’entre eux auraient alors disparus ! L’enneigement va se réduire, notamment en base et moyenne altitude…


Avec la diminution de l’enneigement et la fonte des glaciers, les régimes hydrauliques de tous les grands fleuves européens, venant des montagnes, sont en train de se modifier.


Les débits des grands fleuves européens de régime nivo-glaciaire seront sensiblement modifiés dès les toutes prochaines décennies : en moyenne, on observerait d’ici 2100 une augmentation de +20% des débits en hiver, mais une réduction de -17% au printemps et jusqu’à -55% des débits en été, surtout au Centre et au Sud des Alpes. Le niveau des aquifères pourrait aussi baisser de -25% dans les Alpes du Sud.


Or, la régularité du débit de ces fleuves est déterminante pour l'alimentation en eau potable des populations de l'aval, et pour le développement économique des piémonts et des plaines : elle est indispensable à l'hydroélectricité, à la navigation fluviale, à l'irrigation, ou encore au refroidissement des centrales thermiques ou électronucléaires…


La satisfaction des besoins en eau, à l'avenir et pour tous les usages, est donc l'affaire de tous de l'amont jusqu'à l'aval des fleuves ! Il est désormais indispensable d'agir vite, si l'on veut que nos montagnes continuent à être « les châteaux d'eau de l’Europe ».

« Les Etats Généraux de l’Eau en Montagne » ont insisté sur le fait que la gestion de l’eau dans les hauts bassins versants n’est pas qu’un problème pour les seuls montagnards, mais est un enjeu stratégique pour les populations et l'économie... des plaines !


La fréquence et l’intensité des inondations en automne, hiver et printemps, ainsi que des sécheresses estivales vont singulièrement augmenter.


Les autres conséquences du changement climatique seront en montagne une forte érosion, des glissements de terrains, entrainant de gros charriages de sédiments, une dégradation de la qualité des rivières et une augmentation de la température de l’eau.


La production hydroélectrique, pourrait se trouver réduite de -15% ; le refroidissement des centrales thermiques et nucléaires en piémont et en plaine sera plus difficile ; la navigation fluviale devra s’adapter à de moindres tirants d’eau…


La compétition entre les usages de l’eau se fera plus vive, notamment en hiver avec la nécessité d’une généralisation de la production de neige de culture, qui deviendra indispensable aux quelques 666 stations de ski alpines actuelles pour assurer une saison d’hiver convenable.


Il est immédiatement indispensable d’identifier et de modéliser finement ces changements et leurs conséquences, bassin par bassin, et d’initier d’ores et déjà les programmes d’actions nécessaires pour s’adapter en amont, comme dans les plaines en aval, en temps utile.


Le temps presse : Il faut dès maintenant passer à l’acte et mettre en place les actions concrètes qui s’imposent d’urgence ! Il est d’ores et déjà clair que le coût collectif de l’inaction serait considérable et qu’il faut réagir au plus vite pour s’adapter avant qu’il ne soit trop tard !


Les « Etats Généraux de l’Eau en Montagne » ont présenté des expériences de terrain, qui fonctionnent et donnent des résultats, qui peuvent être généralisés ou dont on doit s’inspirer pour progresser.


En effet, beaucoup de solutions existent déjà : il faut les diffuser et en développer la mise en oeuvre.


Trois grandes catégories d’actions peuvent être envisagées :

  • D’abord, économiser l’eau et faciliter les recyclages : la recherche des fuites sur les réseaux d’eau potable, la réutilisation des eaux usées épurées, la recharge des nappes, la promotion des usages économes en eau doivent devenir des priorités.

De nouvelles techniques économes en eau pour la gestion de l’enneigement des domaines skiables sont, par exemple, déjà utilisées à Megève, en particulier le damage approprié des pistes de ski, qui permet d'allonger la saison touristique tout en assurant la rétention d'eau en altitude pour contribuer à la régulation des débits au printemps.

  • Ensuite, repenser la gestion des eaux, des lacs, des zones humides et des sols de montagne, en tenant compte, bien plus qu’aujourd’hui, des contraintes stratégiques de l’approvisionnement en eau des populations et des économies agricoles, industrielles et touristiques des piémonts et des plaines en aval et en développant « une nouvelle culture du risque ».

Conservation et stockage des ressources en eau, aménagement des versants et des sols pour retenir l’eau durant les précipitations, gestion du couvert végétal et forestier, protection des zones humides, zonages de protection, zones d’expansion naturelle des crues, reconstitution des cours de rivières dégradées… les nouvelles politiques d’aménagement du territoire devront concourir à optimiser les réserves d’eau disponibles et leur répartition saisonnière pour la communauté et prévenir les risques naturels.


Parmi les nombreux exemples présentés à Megève, on peut citer :

  • La gestion des eaux pluviales et le contrôle de l'imperméabilisation des sols, dans le cadre d'une politique globale d'aménagement à l'échelle des bassins versants, qui ont fait leurs preuves dans de nombreux territoires sujets aux inondations et apparaissent décisifs pour la protection contre les risques dans les agglomérations de piémont,
  • La protection des zones humides sur les domaines skiables et les alpages, qui est désormais conciliable avec le développement des pratiques touristiques et agricoles et satisfait à la fois, les acteurs économiques et les gestionnaires de milieux naturels. L’étude réalisée sous l’égide de l’Office International de l’Eau, pour la Commission Européenne, recense plus d’une quarantaine d’exemples de Mesures Naturelles de Rétention de l’Eau (MNRE) appliquées dans toute l’Europe…
  • La restauration hydraulique de tourbières sur pistes de ski aux Gets,
  • Le développement de la micro-électricité sur les réseaux d'eau potable et d'eaux usées des stations qui apparait comme une alternative, sans compromettre la continuité écologique des cours d'eau,
  • Des pratiques concertées d'agro-sylvo-pastoralisme permettent une meilleure rétention naturelle de l’eau et la protection des captages d'eau potable…

 

Enfin, mieux reconnaître le rôle des montagnes pour la collectivité dans son ensemble de l’amont jusqu’à l’aval des fleuves, dans le cadre de politiques intégrées des bassins. Il faut que les acteurs de la gestion de l’eau en montagne puissent assurer la gestion des territoires, des écosystèmes aquatiques et des ressources en eau des massifs, et réaliser les aménagements et les équipements intégrés nécessaires en amont, pour continuer à protéger l’aval contre les risques et à fournir aux plaines de l’eau abondante et de qualité, dont elles auront de plus en plus absolument besoin ...

 

Il faudra pour cela renforcer les mécanismes institutionnels et financiers existant et les réorienter vers ces nouvelles priorités, comme c’est le cas pour la « GEMAPI » (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations).

 

Il faut développer des stratégies « gagnant/gagnant » entre l’amont et l’aval et lancer au plus vite des programmes de mesures « sans regret », dont la mise en oeuvre est de toute façon indispensable dans tous les scénarios envisageables, dès lors que l’eau est indispensable à quasiment tous les secteurs dont le développement dépend de sa disponibilité et de sa qualité.


La planification doit se faire au niveau des bassins des grands fleuves et reposer sur une forte coopération intersectorielle et aussi internationale quand les bassins sont transfrontaliers, comme c’est le cas pour le Rhône dont la gestion passe par un renforcement de la coopération franco-suisse.


Avec la Directive-Cadre sur l’Eau de 2000, et les Directives qui lui sont liées, notamment la « Directive Inondations », l’Union Européenne dispose de l’outil efficace pour mettre concrètement en application ces stratégies d’adaptation de la gestion de la ressource en eau au changement climatique. Elle exige d’ailleurs des Etats-Membres qu’ils intègrent des mesures appropriées dans les prochains Plans de Gestion de Bassin et Programmes de Mesures 2016 - 2021, puis 2021 - 2027.


L’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée & Corse est en France pilote pour l’application de ces mesures qui seront intégrées dans le nouveau SDAGE et son programme d’intervention.


Aujourd'hui l'heure est venue de repenser la gestion des eaux et des sols de montagne en tenant compte des contraintes stratégiques de l'approvisionnement en eau des populations et des économies des piémonts et des plaines en aval.


La conférence de Megève a permis de présenter de bonnes pratiques qui existent déjà et d'étudier les moyens de leur généralisation sur tout le territoire montagnard.
Mettons-les vite en application !
Les participants ont d’ailleurs décidé la création d’un « Réseau des Acteurs de l’Eau en Montagne » permettant de pérenniser leurs travaux entre deux conférences, d’échanger et de promouvoir ces bonnes pratiques.

Lire aussi...

> MERCREDI 04 SEPTEMBRE 2019
Agence de l’eau et chambre d'agriculture signent un contrat pour une gestion durable de l’eau, des milieux aquatiques et de l’agriculture.
> VENDREDI 23 AOÛT 2019
L'action de l'ONG MPA Coopération visant à sécuriser en eau potable des dispensaires et des écoles en milieu rural au Sénégal.