| JEUDI 18 JUIN 2026 |
| Valérie Masson-Delmotte |
| Fonction Paléoclimatologue |
Valérie Masson-Delmotte, la voix de la raison climatique
Paléoclimatologue, directrice de recherche au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), Valérie Masson-Delmotte étudie les climats passés, leurs variations et leurs impacts sur le futur.
Petite, Valérie passait ses vacances au grand air. Les yeux rivés au ciel de Bretagne, elle s’interrogeait déjà : "Qu’est-ce qui constitue un nuage ? ". Au collège, un ami de ses parents l’emmène sur un chantier de fouilles, près de Nancy. Des pointes de flèche du néolithique, les fondations d’une ferme gallo-romaine : en grattant la terre, l’adolescente réalise la puissance des indices enfouis sous nos pieds. Au CDI de son lycée, un article de vulgarisation consacré aux premières modélisations climatiques et aux forages de glaces polaires de Vostok finit de sceller son destin. "De l’archéologie à la paléoclimatologie, la démarche est la même : trouver des indices du passé pour éclairer le présent."
Devenue directrice de recherche au CEA, membre de l’Académie des sciences, la chercheuse de renommée internationale a fait de l'étude du climat le socle de son parcours professionnel. Coprésidente du groupe scientifique du Giec de 2015 à 2023, son travail ne se limite pas à faire avancer la recherche, il s'étend à son partage. Son terrain de prédilection ? L’eau, dont elle traque les signaux millénaires à travers les anneaux des arbres ou les glaces du Groenland et de l'Antarctique. "La reconstitution des variations climatiques passées montre la rupture que représente le réchauffement actuel." Verdict ? "Face à cette intensification inédite, dûe aux émissions de gaz à effet de serre, et ses conséquences attendues, l’adaptation des territoires est trop lente."
Le constat est lucide et fait directement écho au rapport du Haut Conseil pour le climat, dont elle fait partie. "Les politiques climatiques locales sont insuffisantes au regard de l’urgence." Pour la scientifique, la prise de conscience monte en puissance dans la société. "Le changement climatique est une réalité, et chacun peut mesurer l'aggravation de ses impacts." Si le déni n’est plus tenable, la désinformation reste très présente. Elle peut paralyser l’action en instillant le doute sur les solutions mobilisables et en brandissant un techno-solutionnisme illusoire. Or, "priver les collectivités des avancées scientifiques dans leurs prises de décisions, c’est les mettre en danger."
Dans son livre Face au changement climatique publié en 2024, elle insiste sur l'importance de diffuser les savoirs pour rendre chacun acteur des transformations vers une société plus résiliente. L’inaction est un mauvais calcul : "Ne pas investir aujourd'hui dans l'adaptation, c'est payer le prix fort demain en réparation de crises : sécheresses, inondations, pertes agricoles, vagues de chaleur."
Pour Valérie, l’enjeu c’est de bâtir des trajectoires d’adaptation s’appuyant sur tous les leviers d’action (efficacité, sobriété, solutions fondées sur la nature…) – sans céder au fatalisme. "Il est temps d’agir à hauteur des enjeux, en toute lucidité. Les solutions on les connaît, il faut se retrousser les manches."
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