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Rencontre
Jean-Louis Etienne
> LUNDI 06 JUILLET 2015
Jean-Louis Etienne
Fonction Médecin et "entrepreneur en expéditions lointaines"

L’homme qui écoute le bruit de l’océan

Comme je suis timide, la nature est pour moi un refuge, surtout les pôles, ces déserts.

9 décembre 1946 : naissance à Vielmur (Tarn)

1986 : Pôle nord en solitaire

1989-1990 : première traversée de l’Antarctique

2015 : lancement du projet de station océanique Polar Pod

Jean-Louis Etienne est… explorateur. "J’ai toujours eu cette envie en moi, raconte ce presque septuagénaire. Dès 14 ans, j’allais camper seul dans les bois du Tarn, où je suis né". Bricoleur instinctif, le jeune garçon s’oriente vers un CAP d’ajusteur… finalement suivi, grâce à l’influence d’un professeur de maths, d’un Bac puis du diplôme de médecin. Sa spécialisation : l’orthopédie.  "J’ai retrouvé mes outils, s’amuse-t-il, et pratiqué avec passion, pendant 2 ans, à l’hôpital de Castres".

Seulement voilà, l’envie d’explorer taraude toujours le jeune homme, qui se rêve alpiniste. "En 1972, j’ai franchi le pas, se souvient-il : j’ai pris un poste à l’hôpital de Grenoble pour me rapprocher des montagnes". Le second pas a consisté à se faire embaucher comme médecin -"mais aussi co-équipier à part entière ! "- pour une expédition au Fitz Roy, en Patagonie, puis d’autres, en mer, notamment avec Alain Colas ou Eric Tabarly, et d’autres, encore, dans l’Himalaya… "Mais, à 40 ans, j’ai voulu inventer mes propres histoires", résume-t-il joliment. Il démarre "fort" : première solitaire au Pôle Nord. "Comme je suis timide, la nature est pour moi un refuge, surtout les pôles, ces déserts, explique-t-il. Le fait de savoir me débrouiller avec mes dix doigts m’a donné l’insouciance".

 Mais ses expéditions lui font découvrir d’autres plaisirs encore. Il s’ouvre au monde en recrutant des équipes internationales, et apprend l’art de la transmission, quand il sensibilise par ses récits les collégiens et les lycéens  à la protection de la planète. C’est le cas en 1989, avec sa première traversée de l’Antarctique - 6300 km en traîneau à chiens, qui vise à promouvoir le maintien de ce territoire "comme terre de paix et de science". "C’est une chance pour l’humanité, assure-t-il, ce continent où les hommes peuvent apprendre à cohabiter".

Le nouveau projet de cet "entrepreneur en expéditions lointaines" -comme il se définit lui-même- est encore ambitieux : le Polar Pod, qu’il a imaginé, fera, à partir de janvier 2017, le tour de l’océan Austral en dérivant… Et en résistant aux Cinquantièmes rugissants : "80 m sous l’eau et 15 m au-dessus, stabilisés par un treillis d’acier, décrit-il. En haut, 4 étages de vie". Le Polar Pod va collecter des données inédites sur cet océan : "Il faut mesurer sa capacité à absorber le gaz carbonique, explique l’explorateur, car à cause du réchauffement climatique, il le fait de moins en moins. Cela crée une acidification de l’eau, qui attaque les coquilles des mollusques ". Autres objectifs : "écouter" le bruit de l’océan afin d’inventorier la faune et confirmer les données des satellites sur la santé de cet océan. A nouveau, Jean-Louis Etienne prendra plaisir à transmettre ses observations "des fragilités et des richesses de la terre" aux plus jeunes… Dont ses fils, puisqu’il explore, depuis 13 ans, une terra incognita pour lui, la paternité.

Mots-clés : Jean-Louis Etienne

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