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Rencontre
Laurent Ballesta
> JEUDI 06 JUILLET 2017
Laurent Ballesta
Fonction Plongeur, photographe et biologiste

La mer entre aventure et nature

Aventurier des mers. Laurent Ballesta accepterait-il ce titre enfantin, lui qui en compte trois, au moins : plongeur, photographe sous-marin et biologiste ?

Il dit ne pas aimer le risque. « Sauf quand il est mesuré, en équipe, pour un objectif précis, tempère cet explorateur des fonds qui, avec Florian Holon et Pierre Descamp, a créé en 2008 Andromède Océanologie, société d'étude et de valorisation de l'environnement marin. J'ai simplement la curiosité d'aller voir plus loin, de faire quelque chose d'original. » D'original, voire d'exceptionnel, comme ces trois mois « denses » et rudes de fin 2015 où, dans le cadre du tournage d'Antarctica par Luc Jacquet, il a plongé pour photographier la biodiversité à moins de 60 mètres sous la banquise.

Une démarche digne

Laurent Ballesta a mis des années à se trouver légitime dans le costume du grand plongeur admiré du public.  « On se trouve parfois à la limite de ses compétences, ose-t-il. On descend un peu plus profond, on tente un truc plus difficile... Et ça passe. Ce n'est pas forcément surhumain. Mais je crois tout de même que ma démarche est digne. Je veux faire connaître la mer à tout le monde et j'aimerais avoir la reconnaissance de mes pairs. C'est du boulot » ! Ce fut aussi un rêve, lorsqu'à 13 ans il a découvert la plongée sur la côte près de chez lui, à Montpellier. « C'est un des rares moments où j'ai eu la certitude de ce que je voulais faire, se rappelle-t-il. Plonger est devenu ma passion, d'un coup. C'était le mélange parfait entre aventure et nature. »

A 17 ans, il achète un premier appareil photo, histoire de ramener des preuves de ce qu'il voit sous l'eau. « Je venais de passer l'une des plus belles journées de ma vie, au large de Frontignan, à nager avec des requins pèlerins, se rappelle-t-il. Et personne ne me croyait ! ». Après le bac, il mène à Montpellier des études de biologie marine. Dans le cadre de ce cursus, il réalise la première cartographie bionomique des fonds marins de la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls. Avant de découvrir une nouvelle espèce de poisson dans « sa » Méditerranée : le gobie d'Andromède.

La biodiversité en Méditerranée

La découverte devient comme une seconde nature. Sur le plan technique, le plongeur teste en 1999 avec des confères un nouvel équipement : un scaphandre recycleur qui permet de plonger plus longtemps, plus profond, et requiert d'inventer de nouvelles méthodes. Près d'onze ans plus tard, le photographe, avec l'équipe d'Andromède Océanologie, immortalise le cœlacanthe au large de l'Afrique du sud. L'animal mythique, poisson fossile qu'on croyait disparu depuis 65 millions d'années, n'avait été approché que par des robots et sous-marins au XXe siècle. « Ce rêve » lui offre l'occasion de faire une émission spéciale d'Ushuaia.

Car, depuis sa rencontre avec Nicolas Hulot, à la fin des années 1990s, le Montpelliérain a été le conseiller technique d'une bonne vingtaine d'Ushuaia. L'expérience lui offre de découvrir les mers d'ailleurs et le lien avec le grand public. Tout en ayant la reconnaissance de ses pairs. Le photographe marin, publié dans des revues du monde entier, a reçu trois fois la palme d’or du festival mondial de l’image sous-marine. Pourtant, les autres océans ne lui font pas oublier la Mare nostrum. En 2012, il publie « Odyssée dans les eaux d'ici », un hommage à la biodiversité en Méditerranée, commandé par l'agence de l'eau. « Je vois bien que certaines choses empirent, reconnaît-il. Des coins où je plongeais gamin ne se ressemblent plus. Mais on crée aussi des aires marines protégées pour surveiller et sanctionner. Moi, je travaille à découvrir, illustrer, faire connaître ».

Ce printemps, pour la quatrième année consécutive, Laurent Ballesta et l'équipe d'Andromède Océanologie sont partis dans un lagon polynésien pour étudier un rassemblement annuel de mérous et les chasses nocturnes des requins. En perspective : des résultats de recherche, un reportage pour Arte et un livre. Autant de témoignages où la précision le dispute à la beauté.

 

>> Coup de gueule

La médiocrité de certaines propositions écologiques. Il n'y a pas d'humanité sans écologie, et vice-et-versa. Pas de droits de l'homme sans droits des animaux.

>>Coup de cœur

Le film Lion, de Garth Davis, basé sur une histoire vraie, parcours d'humanité.

>> Ses livres 

  • Les promesses de l'aube, de Romain Gary
  • Les travailleurs de la mer, de Victor Hugo
  • Magellan, de Stefan Zweig
Mots-clés : Laurent Ballesta

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